Damien Guillon, Maïlys de Villoutreys et le Banquet Céleste – Mercredi 22 novembre 2017

Mercredi 22 novembre 2017
en l’Eglise Saint-Jérôme à 20h 30

« Bach et l’Italie »

Pour réserver en ligne : Cliquer ici

L’ensemble Le Banquet Céleste propose un répertoire de musique ancienne qui réunit un ensemble de musiciens solistes autour des personnalités musicales de Damien Guillon et de Maïlys de Villoutreys.

Au fil des saisons le contre-ténor Damien Guillon s’est imposé comme l’un des meilleurs interprètes de la musique baroque. Soliste apprécié pour ses qualités musicales et son timbre de voix lumineux d’une grande pureté, il est invité régulièrement à se produire sous la direction de chefs renommés. Entouré des fidèles musiciens du Banquet Céleste, c’est avec une exigence d’authenticité qu’il revisite quelques grandes œuvres du passé. Il « offre ainsi un écrin sonore souple soutenant au mieux les chanteurs » pour donner un éclat nouveau à ce répertoire vocal alliant les nuances les plus subtiles aux effets les plus brillants.

Interprètes

Damien Guillon                      Contre-ténor

Maïlys de Villoutreys           Soprano

le Banquet Céleste :

Marie Rouquié                        Violon 1

Fiona-Emilie Poupard           Violon 2

Michel Renard                        Alto

Julien Barre                            Violoncelle

Christian Staude                    Contrebasse

Kevin Manent – Navratil      Clavecin/orgue

 

Au programme

Giovanni Battista Pergolesi, Salve Regina

Antonio Vivaldi, Nisi Dominus

Johann Sebastian Bach, psaume 51 “Tilge, Höchster, meine Sünden”

A l’époque de Bach l’influence de l’Italie a gagné toute l’Europe, marquant profondément l’évolution de la musique instrumentale et vocale, profane et religieuse. Dès le XVIIe siècle plusieurs compositeurs allemands se sont montrés très réceptifs à ce nouvel élan créateur. L’Allemagne est alors considérée comme une sorte de carrefour musical européen*. Les partitions circulent, les procédés d’écriture s’échangent, les styles se mêlent et se confrontent tout en conservant les spécificités propres à chaque pays.

 

* H. Schütz et J. Rosenmüller ont étudié à Venise ou à Rome, où ils côtoient les  compositeurs les plus illustres. Des musiciens italiens, dont A. Cesti, P. Torri, G.B. Bononcini entre autres, venus occuper différents postes en Allemagne vont favoriser la diffusion et l’imprégnation d’une manière nouvelle de concevoir la musique.

 

« Les concertos de Vivaldi furent pour lui ce guide nécessaire. […] C’est alors qu’il étudia l’enchaînement des idées, leurs relations, la variété dans la modulation et beaucoup d’autres artifices de composition… » Forkel

Contrairement à certains de ses contemporains Bach a occupé des fonctions au contour très défini et a peu voyagé, mais, remarquable est cependant sa connaissance des différents styles en usage à l’époque. En transcrivant plusieurs pièces de compositeurs italiens*, Bach, à son tour, a montré très tôt son engouement pour cet héritage qui occupe une place importante dans son œuvre. Ancrées en lui dès ses premières années d’apprentissage, la copie, la transcription et l’adaptation lui sont devenues familières. Ce savoir-faire qu’il pratique tout au long de sa vie est source d’inspiration et va contribuer à enrichir son langage musical et son art de la composition, aussi bien du point de vue de la forme que du style.

 

* Parmi eux, A. Corelli, G. Legrenzi, T. Albinoni à qui il emprunta certains thèmes. La transcription des concertos de Vivaldi démontre l’intérêt qu’il va porter au traitement de la mélodie, à son imbrication dans l’architecture d’une œuvre et à son rapport aux principes harmoniques qui le caractérisent.

 

Giovanni Battista Pergolesi – Salve Regina

Davantage reconnu pour ses œuvres dramatiques*, Pergolesi, considéré comme l’un des principaux représentants de l’école napolitaine a réservé quelques-unes de ses plus belles pages à la musique sacrée. Le Salve Regina, antienne dédié à la Vierge Marie, composé en 1736 est contemporain du Stabat Mater et compte parmi les dernières œuvres du compositeur alors retiré de la vie publique. Composée pour soprano et cordes, l’œuvre aux dimensions parfaitement équilibrées laisse transparaître une polyphonie claire et aérée. Le dialogue constant rappelle l’esprit du quatuor où toutes les parties contribuent à tisser un canevas musical d’une intensité soutenue. Ainsi mis en valeur le texte se révèle de manière limpide dans toute sa dimension poétique.

 

* En 1752 à Paris, la représentation de la Serva padrona déclencha la célèbre « Querelle des Bouffons » qui divisa le monde musical et littéraire en opposant les partisans de Rameau, le « coin du roi » avec ceux de Rousseau, le « coin de la Reine ».

 

Antonio Vivaldi – Nisi Dominus

La renommée de Vivaldi fort étendue dans toute l’Europe de la première moitié du XVIIIe siècle s’est construite autour de quelques procédés simples, souvent brillants et audacieux et utilisés de manière constante dans l’ensemble de son œuvre instrumentale et vocale. S’il a relativement peu composé d’œuvres destinées au culte, il a abordé ce domaine avec plus de gravité et beaucoup d’inventivité. Probablement composé entre 1713 et 1719 alors que Vivaldi enseigne à l’Ospedale della Pietà*, le Nisi Dominus met en musique le Psaume 127 généralement utilisé pour les vêpres. Le texte biblique traduit « l’expression de la confiance absolue de l’homme en son créateur. » Par bien des aspects, cette œuvre très suggestive évoque le style concerto où la virtuosité vocale est parfois proche d’un solo instrumental. Vivaldi montre une réelle originalité dans le traitement de certains versets, notamment dans le « Surgite » et le « Gloria ». Les changements d’atmosphère rapides et contrastés, l’alternance des épisodes vigoureux, sombres ou empreints d’une grande douceur accompagnent l’expressivité du texte de manière subtile. L’ensemble forme un tout très harmonieux qui trouve son équilibre entre une écriture soutenue oscillant entre puissance et suggestivité.

 

* L’Ospedale della Pietà accueillait les jeunes filles pauvres, orphelines ou illégitimes. L’enseignement dispensé leur permettait d’acquérir une solide formation musicale. Certaines pensionnaires se rendirent célèbres par leur talent de chanteuse et/ou d’instrumentiste et la réputation de l’hospice dépassa les frontières de l’Italie.

 

Johann Sebastian Bach – « Tilge, Höchster, meine Sünden »

 « Fais disparaître, Très-Haut, mes péchés » : l’œuvre assimilée à une cantate est en fait une adaptation du Stabat Mater de Pergolesi. Composée à Leipzig après 1740, elle est écrite pour soprano, alto, cordes et basse continue et comprend 14 versets qui s’appuient sur une version luthérienne du psaume 51*. Si Bach respecte le découpage de l’œuvre initiale, l’alternance des solos et duos, il allège et épure le discours musical et les lignes mélodiques pour coller au plus près à la version luthérienne. La densité orchestrale est également renforcée par le rôle confié à l’alto qui donne à la plénitude harmonique une couleur plus grave. Assez différente, elle en souligne le caractère dramatique de certains versets qui démontre la faculté de Bach à utiliser les ressorts du drame, lui qui n’a jamais composé pour l’opéra. D’autres versets, au contraire, mettent en valeur le côté jubilatoire de l’écriture de Bach pour traduire l’expression de la délivrance ou de l’espérance comme dans l’Amen final.

 

* Dans la liturgie catholique le psaume 51 évoque la souffrance de Marie devant la croix. Selon l’usage pratiqué en Allemagne, les paroles dans l’œuvre de Bach ont été remplacées par des extraits ou paraphrases de la Bible de divers auteurs. Le manuscrit de l’œuvre en elle-même n’aurait été redécouvert qu’au milieu du XXe siècle.