Saison 2019-2020 – Ensemble Correspondances

Mardi 5 octobre 2021 à 20h00

Église Saint-Exupère

Concert reporté

au mardi 5 octobre 2021 *

(* sous réserve de reprise des activités culturelles)

 


Motets et œuvres sacrées de Marc-Antoine Charpentier


À la fois majestueux et bouleversant, ce programme composé pour la Semaine sainte promet un moment de profonde intériorité.

 

Depuis une dizaine d’années, Sébastien Daucé se penche avec passion et respect sur quelques joyaux de la musique française du Grand Siècle pour « rendre à cette musique le relief expressif et la place qui lui revient naturellement ». Après Boesset, Moulinié, De Lalande, Du Mont…, c’est à Marc-Antoine Charpentier, compositeur à l’inspiration féconde, « qui le touche et le fascine le plus », qu’il accorde une place de choix. Entouré des fidèles musiciens de son ensemble, hautement impliqués dans la recherche et l’interprétation, Sébastien Daucé rend justice à un grand compositeur trop peu joué. Au clavecin, à l’orgue ou à la direction, son énergie communicative se déploie avec ferveur pour honorer l’un des répertoires les plus florissants du XVIIe siècle et en restituer avec exigence et exaltation toute la richesse et le raffinement.

 

Interprètes

Ensemble Correspondances

 

Dessus : Caroline Weynants, Sylvie Bedouelle, Heather Newhouse,

Bas-dessus : Marie Pouchelon

Haute-contre : David Tricou

Tailles : Davy Cornillot

Basses : Etienne Bazola, Jaromír Nosek

Dessus de viole : Mathilde Vialle, Etienne Floutier

Basse de viole : Mathias Ferré

Basse de violon : Hager Hanana

Flûtes : Lucile Perret, Matthieu Bertaud

Théorbe : Romain Falik

Orgue, clavecin, direction : Sébastien Daucé

 

 

Au programme

Motets pour la Maison de Guise

Marc-Antoine Charpentier

(1643-1704)

 

O Vos Omnes H.134 

 Miserere des Jésuites H.193

 Stabat Mater H.15 

 Desolatione desolata est H.380

 Annuntiate Superi H.333

 In Odorem Unguentorum H.51

 Litanies de la Vierge H.83

 

 

Pour télécharger le programme cliquer sur le lien :
Programme AR – Concert 25 mars 2020

Depuis une dizaine d’années, Sébastien Daucé se penche avec passion et respect, sur quelques joyaux de la musique française du Grand Siècle pour « rendre à cette musique le relief expressif et la place qui lui revient naturellement ». Après Boesset, Moulinié, De Lalande, Du Mont… c’est à Marc-Antoine Charpentier, compositeur à l’inspiration féconde, « qui le touche et le fascine le plus », qu’il accorde une place de choix. Entouré des fidèles musiciens de son ensemble, hautement impliqués dans la recherche et l’interprétation, Sébastien Daucé rend justice à un grand compositeur trop peu joué. Au clavecin, à l’orgue ou à la direction, son énergie communicative se déploie avec ferveur pour honorer l’un des répertoires les plus florissants du XVIIe siècle et en restituer avec exigence et exaltation toute la richesse et le raffinement.

 

À la mort de Mazarin en 1661 Louis XIV accède aux responsabilités. Durant son règne le pouvoir autoritaire et centralisé imprime sa suprématie dans un pays tourmenté où « la grandeur extérieure de la France » ne parvient pas à masquer « son dérèglement intérieur ». Le Roi, danseur, musicien et amateur de fêtes somptueuses, « aime les beaux-arts et les protège » et s’entoure des meilleurs artistes. Sur le plan musical, Lully, ayant obtenu les faveurs du roi, règne en maître et impose des règles strictes. Celles-ci vont directement affecter les milieux culturels et lieux de création qui, subissant bon nombre d’interdits, se verront privés de diffusions et de représentations. En marge de Versailles, la musique a malgré tout droit de cité et Paris, avec ses salons, ses théâtres, ses paroisses, ses cafés…, s’enorgueillit d’être un haut-lieu de culture et de plaisir, d’échange et de pratique artistique.

 

Comme plusieurs artistes de cette époque, Charpentier, né dans le « diocèse de Paris », accomplit son vœu d’« aller en Italie, pour connaître le goût de la musique italienne et pour se perfectionner encore plus dans son art ». C’est à Rome, vraisemblablement auprès de Giacomo Carissimi, qu’il poursuit son apprentissage, découvrant à travers leçons, partitions et concerts les subtilités de l’art mélodique, de l’harmonie et du contrepoint, du chœur simple ou double, de l’expression dramatique, ainsi que les grandes fresques que sont l’Oratorio ou les Histoires sacrées entre autres.

 

De retour à Paris, tenu éloigné des fastes royaux, Charpentier est engagé comme Maître de la musique de Marie de Lorraine, duchesse de Guise. Malgré l’hégémonie de Lully et le peu d’œuvres réservées à la Cour, d’autres opportunités s’offrent à lui au contact de personnes ou d’institutions renommées qui lui permettent de développer un art authentique d’une grande sincérité. La fréquentation de certains lieux ou congrégations favorables à la mouvance italianisante, comme l’église Saint-André-des-Arts ou l’ordre des Théatins de Sainte-Anne-la-Royale, lui donne l’occasion d’entretenir ce lien musical toujours vivace avec l’Italie et Rome plus précisément.

 

Nommé compositeur de la Musique du Dauphin, il est également sollicité par Molière pour composer les intermèdes musicaux de ses comédies-ballets. Son nom figure aussi parmi les compositeurs dont la musique a été jouée à L’Abbaye-aux-Bois et à Port-Royal, couvents d’obédience cistercienne. Après la mort de Mademoiselle de Guise en 1688 il entre au service des Jésuites, enseigne au collège Louis-le-Grand et compose pour l’église Saint-Louis avant d’être nommé maître de musique des enfants de la Sainte-Chapelle du Palais.

 

Charpentier a « toujours passé au goût de tous les vrais connaisseurs pour le plus profond et le plus savant des musiciens modernes. » Sébastien de Brossard, 1724

La plus grande partie de ses manuscrits comprenant plus de 500 œuvres composées pour l’église, le théâtre et les instruments est rassemblée dans les 28 volumes des Meslanges autographes. Charpentier y cultive l’éloquence et développe un art de l’expressivité façonné par une double influence, celle de l’Italie profondément ancrée et celle de la France dont il est totalement imprégné. Ces deux facettes, essentielles dans l’élaboration d’une esthétique qui lui est propre, préfigurent l’émergence des goûts réunis.

 

L’heureuse combinaison de ces influences est manifeste dans l’équilibre trouvé entre l’élégance des courbes mélodiques, la souplesse des vocalises et la clarté d’un langage harmonique souvent audacieux et d’un contrepoint subtilement distillé. Dans ses Règles de Composition, le compositeur dévoile quelques procédés d’écriture qui lui sont chers parmi lesquels l’usage de dissonances, chromatismes, frottements ou accords altérés, celui de l’indépendance des lignes mélodiques, ou encore de l’énergie des modes qui spécifie l’utilisation du majeur ou du mineur en fonction de l’intention et du caractère recherché. L’embellissement du discours, qu’il soit vocal ou instrumental, passe aussi par la mise en valeur des mots et des sons. Comme tous ses contemporains, Charpentier use alors d’ornementations qu’il note soigneusement et qui relèvent d’un style typiquement français « reconnaissable au premier accord ».

 

Motets pour la Maison de Guise

 

« …faisant toutes choses avec grandeur, elle avait jusqu’à sa musique entretenue. Cette musique était si bonne qu’on peut dire que celle de plusieurs

grands souverains n’en approche pas. » Mercure Galant, mars 1688

Unique héritière d’une illustre famille, Marie de Lorraine, personne pieuse et cultivée, affiche aussi un goût prononcé pour la littérature, les arts en général et la musique en particulier. Logé à l’Hôtel de Guise, Charpentier bénéficie d’une protection très attentionnée durant toutes les années passées à son service. Dans cet environnement favorable à l’étude et à la création où la musique se fait entendre « presque tous les jours », Charpentier dispose d’un ensemble formé d’un « petit groupe de domestiques talentueux sur le plan musical » appartenant à la Maison de Guise. Chanteurs et instrumentistes constituent l’effectif privilégié de la plupart des pièces de musique sacrée composées durant cette période auquel se joint le compositeur qui, parfois, chante lui-même la partie de haute-contre. En certaines occasions et selon les besoins nécessaires l’effectif peut être complété par des musiciens extérieurs. Lors des concerts ou cérémonies donnés dans les lieux, -chapelles, galeries ou grand cabinet de musique-, outre Charpentier d’autres compositeurs sont mis à l’honneur, le répertoire pratiqué étant constitué d’œuvres religieuses mais aussi profanes.

 

« Il a longtemps demeuré à l’Hôtel de Guise, et a fait des choses pour

la Musique de Mademoiselle de Guise qui ont été beaucoup estimées

des plus habiles connaisseurs. » Mercure Galant, mars 1688.

L’importance accordée à la musique religieuse accompagne la ferveur catholique intense qui règne en France sous Louis XIV. Dans ce domaine, Charpentier est considéré comme l’un des compositeurs les plus prolifiques, dont la qualité d’inspiration et de réalisation demeure exceptionnelle.

 

Les quelques motets inscrits au programme et composés lors des années passées à l’Hôtel de Guise ne représentent que l’un des aspects de cet immense répertoire, riche par son ampleur et sa grande diversité. Sous l’appellation générique de motet se classent aussi bien les psaumes que les antiennes, les litanies, hymnes, leçons des ténèbres, Magnificat… Souvent issus de la Bible, des Saintes Écritures, ou de conception plus libre, les textes en latin rythment les temps liturgiques de l’année.

 

En favorisant un dispositif vocal original qui la plupart du temps comprend six voix, trois de femme -deux dessus et un bas-dessus- et trois voix d’hommes -haute-contre, taille et basse-, le compositeur peut jouer sur l’amplitude vocale de chaque voix, les combinaisons de timbre et de tessiture, les contrastes de couleur et de texture. Il indique parfois « que les six parties vocales » peuvent être « en réalité interprétées par huit chanteurs ». Passant de la voix soliste au duo, trio et jusqu’au chœur ce dispositif permet également de mettre en relief certaines citations textuelles. Dessus de viole, flûtes, clavecin ou orgue, basse de viole et théorbe sont les principaux instruments sollicités pour accompagner les voix et réaliser la basse continue. Totalement intégrés au sein de cette belle ordonnance, en soutien ou lors des intermèdes,  ils participent pleinement au discours musical.

 

Que ce soit pour suggérer la douleur, la joie, le recueillement, la contemplation… ou renforcer l’expressivité des mots, des affects, des effets dramatiques, la musique, toujours d’une rare intensité, souligne avec justesse et sans grandiloquence une intention particulière.

 

En privilégiant une distribution vocale et instrumentale conforme aux pratiques de cette fin de siècle et respectueux des intentions propres à Marc-Antoine Charpentier,  l’Ensemble Correspondances lui rend hommage à travers quelques œuvres qui :

 

« donnent à entendre le génie créatif, l’intériorité et l’intense ferveur d’un compositeur entouré d’une troupe fidèle de chanteurs et de musiciens. Ces derniers, […], rendent d’autant plus touchantes ces pièces d’une beauté inouïe. » Sébastien Daucé, 2013

 

* O Vos Omnes H.134

O vos omnes qui transitis per viam, attendite, et videte si est dolor sicut dolor meus…

Je m’adresse à vous, à vous tous qui passez ici !

Regardez et voyez s’il est une douleur pareille à ma douleur…

Une voix soliste, deux flûtes et continuo

 

Ce « Second repons après la seconde leçon du second nocturne du vendredi saint » fait partie d’un cycle de neuf repons écrits pour la semaine sainte et interprété chez les Jésuites. Au sein de l’architecture complexe des Leçons des ténèbres, le repons, chant liturgique de caractère méditatif suit la lecture ici extraite des Lamentations I :12 du prophète Jérémie concernant les malheurs de Jérusalem.

 

* Miserere H.193

Miserere mei, Deus, seccundum magnam misericordiam tuam…

Ô Dieu ! aie pitié de moi dans ta grande miséricorde…

Six voix mixtes -solistes et en chœur-, dessus instrumentaux, continuo avec théorbe.

 

Donné dans la période du Carême, ce psaume pénitentiel et d’affliction, fait référence au psaume 50 attribué au roi David. À l’origine composé pour la Maison de Guise il est redonné par la suite en l’église Saint-Louis des Jésuites lors des cérémonies de la Semaine Sainte -d’où sa dénomination de Miserere des Jésuites. Charpentier y apporte alors quelques modifications d’ordre vocal et instrumental.

 

* Stabat Mater H.15

Stabat Mater dolorósa Juxta crucem lacrimósa Dum pendébat Fílius…

Debout la Mère douloureuse, En larmes près de la Croix, Devant son Fils suspendu…

Une voix soliste, chœur et continuo.

 

Composée pour les religieuses de Port-Royal cette antienne de dévotion à la Vierge destinée aux célébrations du temps du Carême ou de la Passion, décline en une vingtaine de tercets la souffrance de Marie devant la Croix.

 

* Desolatione desolata est terra H.380

Desolatione desolata est terra quia nullus est qui recogitet corde…

Le pays tout entier est ravagé, et nul n’y prend garde…

Trois voix d’homme et continuo

Extraite des dix Méditations pour le Carême jugées « excellentes » par Sébastien de Brossard, cette première pièce évoque la prophétie XII :11 de Jérémie traitant de la désolation du monde.

 

* Annuntiate Superi H.333  -Pro omnibus festis Beatae Virginis Mariæ-

Annunciate superi narrate cœli Narrate quid sublimius in excelso…

Annoncez, anges ! Cieux racontez ! Racontez ce qu’il y a de plus grand dans le ciel…

Six voix mixtes, deux dessus de viole et continuo

 

Anonyme, ce texte de louange et d’allégresse qui se déroule tel un « dialogue entre le Ciel et la Terre » est destiné à célébrer la « Très Sainte Vierge Marie » et s’inscrit dans le calendrier liturgique du culte marial.

 

* In Odorem Unguentorum H.51

In odorem unguentorum tuorum currimus : adolescentulae dilexerunt te nimis…

Au parfum de tes onguents nous avons accouru,

les toutes jeunes filles t’on chéri à l’excès…

Une voix soliste, deux flûtes et continuo

 

Extraite des trois antiennes pour les Vespres de l’Assomption de la Vierge, cette pièce également dédiée au culte marial illustre l’un des chants poétiques empruntés au Cantique des Cantiques.

 

* Litanies de la Vierge H.83

Kyrie eleison, Speculum justitiæ, Salus infirmorum, Agnus Dei

Seigneur aie pitié, Miroir de justice, Santé des infirmes, malades, Agneau de Dieu…

Six voix mixtes, deux dessus de viole et continuo

 

Chanté à l’office du soir ce motet de dévotion, alternant louanges et suppliques figure sous forme d’invocations répétitives la noble figure de la Vierge, tour à tour pure, miséricordieuse, humble ou consolatrice.