Richard Galliano et le Prague String Quintet – Jeudi 14 novembre 2019

Jeudi 14 novembre 2019 à 20h30
Auditorium Saint-Pierre des Cuisines

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Vivaldi, Bach, Mozart, Piazzolla, Galliano…

Accompagné du célèbre quintette tchèque, Richard Galliano transfigure cinq siècles de musique, traversant les frontières et les styles.

 

« Jouer la musique que j’aime… » Pour Richard Galliano, accordéoniste et bandonéoniste « atypique », « la musique n’a pas de frontières » et « les instruments de musique n’ont pas de limite. » Appliqué en conscience et avec respect, cet état d’esprit permet à cet « aventurier de la musique », de mettre en pratique « les traditions et le patrimoine des ancêtres ». Se manifeste alors le choix d’être soutenu par un ensemble à cordes. Pour revisiter quelques pages de ce répertoire il sait pouvoir compter sur les qualités expressives, la souplesse et la dextérité du Prague String Quintet. En confiance, vient se greffer l’harmonie des coloris, des timbres, des phrasés, des nuances qui constituent l’ « écrin majestueux» ouvrant sur « un univers musical inhabituel mais finalement très naturel ».

 

Interprètes

Richard Galliano - accordéon

Prague String Quintet

 

Au programme

Richard Galliano (né en 1950)

Habanerando

Petite suite française

Aria – accordéon solo

Opale Concerto (mouvements II & III)

La valse à Margaux

Tango pour Claude (Hommage à Claude Nougaro)

 

Astor Piazzolla (1921-1992)

Libertango – accordéon solo

Otoño porteño

Primavera orteña

 

Johann Sebastian Bach (1685-1750)

Concerto pour violon en la mineur, BWV 1041

 

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Concerto pour clarinette en la majeur, KV 622

 

Antonio Vivaldi (1678-1741)

Concerto n° 2, op. 8 n° 2, RV 315, « L’Été » (troisième mouvement)

 

Enrique Granados (1867-1916)

Andaluza (Danse espagnole n° 5) – accordéon solo

 

Pour télécharger le programme :
Cliquer ici : Programme AR – Concert 14 novembre 2019

 

De Vivaldi à Galliano

 

« … Jouer la musique que j’aime »

 

Pour Richard Galliano, accordéoniste et bandonéoniste « atypique », « la musique n’a pas de frontières » et « les instruments de musique n’ont pas de limite. » Appliqué en conscience et avec respect, cet état d’esprit permet à cet « aventurier de la musique », de mettre en pratique « les traditions et le patrimoine des ancêtres ». Se manifeste alors le choix d’être soutenu par un ensemble à cordes. Pour revisiter quelques pages de ce répertoire il sait pouvoir compter sur les qualités expressives, la souplesse et la dextérité du Prague String Quintet. En confiance, vient se greffer l’harmonie des coloris, des timbres, des phrasés, des nuances qui constituent l’« écrin majestueux » ouvrant sur « un univers musical inhabituel mais finalement très naturel ».

 « Ce qui importe en musique, ce n’est pas ce qu’on joue, c’est comment on le joue. »

Le programme proposé par Richard Galliano éclaire les parcours et les choix très éclectiques d’un musicien aux multiples facettes, à la fois compositeur fécond et arrangeur de talent. Son goût des contrastes, sa faculté de passer de la chanson populaire au jazz, de la musique classique au tango ou à la musette rendent compte de la richesse de son univers musical si particulier et de l’étonnante mixité de sa palette sonore.

 

Le compositeur inspiré

Avec quelques-unes de ses propres pièces, il nous introduit dans l’un de ses domaines de prédilection au croisement du jazz, de la danse, de la musique classique ou populaire et de l’improvisation.

 

Habanerando

 L’ostinato rythmique typique de l’habanera accentue le caractère à la fois langoureux et envoûtant de cette danse d’origine cubaine au balancement syncopé.

 

Petite suite française

« C’est une longue variation improvisée, une sorte d’exploration de mon univers musical. »

 

Libertango - accordéon solo

Galliano propose ici sa propre version réalisée d’après la pièce de Piazzolla qui marqua l’avènement du Tango Nuevo.

 

Aria – accordéon solo

« … fait référence aux grandes compositions pour orgues d’églises… Reflète à la fois les qualités harmoniques de l’orgue et l’expressivité de l’accordéon. »

 

Opale Concerto [mouvements II & III]

« … l’inspiration m’est venue directement de l’influence de mes racines méditerranéennes […] des images du vieux Paris, l’accordéon des rues, le Limonaire […] une cellule mélodique sur un tempo ostinato qui évoque un lointain tango. » 1

La valse à Margaux

 « Ce sont des improvisations sur l’un de mes standards du New Musette, et qui

prolongent les résonances entre musette, jazz et musique classique. »

 

Tango pour Claude [Hommage à Claude Nougaro]

« Je le joue toujours avec émotion en pensant à mon grand ami Claude Nougaro. Je l’avais composé à sa demande. Le titre est devenu « Vie Violence » paru en 1993 dans son album Chansongs. »

 

Hommage et influence

 « … j’avais à l’intérieur de moi et qui était ce rêve de réaliser quelque chose de différent avec mon instrument… Mais je ne savais pas comment m’y prendre. Quand j’ai rencontré Piazzolla, j’étais très préoccupé et c’est lui qui m’a dit :

  » j’ai fait le New tango, tu peux faire le New musette  »

 Décisive, la rencontre à Paris avec Astor Piazzolla, maître du tango qu’il révolutionna en grande partie, incite Galliano à trouver sa propre voie et marque un tournant important dans l’évolution de son art. »

 

Astor Piazzolla

 Otoño Porteño, Primavera Porteña

 Sans pour cela constituer une suite, l’œuvre regroupe quatre tangos composés entre 1965 et 1970 et destinés à son Quinteto Nuevo Tango (violon/alto, piano, guitare électrique, contrebasse et bandonéon). Porteño permet d’identifier les personnes originaires de Buenos Aires.

Regard croisé, filiation, clin d’œil…

Par-delà les continents et les siècles Las Cuatro estaciones de Buenos Aires (Cuatro Estaciones Porteñas) datées de 1960 font écho aux Quatre Saisons de Vivaldi composées entre 1718 et 1720. L’œuvre de Piazzolla qui a suivi des cours de composition à Paris résonne aussi comme une réminiscence heureuse de son attachement à la culture musicale classique européenne.La mise en regard des deux cycles, comme une sorte de parallèle avec les saisons de la vie, permet de les resituer dans des contextes à la fois bien différents et proches. Si pour l’une, l’attention se porte sur le rapport de l’homme à la nature à travers ses évocations champêtres, l’autre s’attarde sur la contemporanéité des états d’âme d’une société urbaine.

 

 L’arrangeur de talent

 « Dans les arrangements, il faut écrire, mais aussi gommer pour faire sortir l’essentiel. »

Johann Sebastian Bach

Concerto pour violon en la mineur BWV 1041

[Allegro], Andante, Allegro assai

 

C’est en tant que Kapellmeister de la cour d’Anhalt-Köthen entre 1717 et 1723 que Bach compose la plupart de ses œuvres instrumentales. Il dispose d’un orchestre de grande qualité comprenant plusieurs musiciens virtuoses et montre un intérêt certain pour la forme du concerto.2 Très respectueux de l’héritage italien dans ce domaine, il en conserve la structure en trois mouvements alternant vivacité des mouvements rapides et expressivité des mouvements lents et cet esprit jubilatoire ou méditatif si caractéristique du style italien. Il en enrichit cependant le langage à sa manière par l’utilisation plus rigoureuse du contrepoint, la densité de la polyphonie, le développement plus important des ritournelles et de leurs exploitations thématiques. L’introduction du da capo, de l’ostinato, d’épisodes fugués, la recherche d’un équilibre et d’un dialogue plus élaboré entre soliste(s) et orchestre révèle sa prédisposition pour une architecture bien ordonnée, souvent symétrique, sur laquelle peut venir se greffer une partie soliste.

 

La configuration générale du concerto BWV 1041 repose sur un système d’écriture à la fois dense et fluide qui met en valeur la partie soliste souvent d‘une grande exigence, Bach ayant lui-même pratiqué le violon, tout en confiant à l’orchestre le soutien indéfectible de l’ensemble. La richesse des contrastes s’en trouve ainsi renforcée.

Au dialogue permanent et allègre du premier Allegro échangé entre soliste et orchestre succède un Andante d’une belle intensité, ponctué par le soutien des basses sous forme d’ostinato. La dynamique du dernier Allegro assai, proche de l’esprit vivifiant de la danse, libère comme souvent chez Bach l’expression d’une joie communicative.

 

Wolfgang Amadeus Mozart

 Concerto pour clarinette en la majeur KV 622

Adagio

Destiné à Anton Stadler 3, ami du compositeur et virtuose de l’instrument, le concerto KV 622 écrit pour clarinette de basset est achevé en octobre 1791 et figure parmi les dernières œuvres de Mozart. De forme aria, le deuxième mouvement Adagio tout empreint d’une grande quiétude demeure une page exceptionnelle par sa simplicité de style, son caractère intimiste proche de l’univers de la musique de chambre et l’intensité émotionnelle qui s’en dégage. Magnifié par le timbre de la clarinette qui du grave à l’aigu exploite tous les registres, le cantabile se déploie de manière ample dans d’harmonieuses variations de couleurs que s’échangent soliste et orchestre.

 

Antonio Vivaldi

 Concerto n° 2, op. 8 n° 2, RV 315, l’Estate

Allegro non molto – Allegro, Adagio – Presto – Adagio, Presto

Dans la tonalité de sol mineur ce deuxième concerto met en scène l’été « écrasé de soleil » où « homme et troupeaux se languissent » alors que s’échangent les chants d’oiseaux.  « Doucement, Zéphyr souffle » tandis que « Borée s’agite » et que « le pâtre s’afflige ». « Le repos est refusé », l’orage menaçant bouleverse l’atmosphère, « le ciel tonne et fulmine » et « la grêle coupe les têtes des épis et des tiges ».

Les Quatre Saisons (Le Stagioni), comptent parmi les chefs-d’œuvre de la littérature pour violon, chaque Saison adoptant la forme d’un concerto pour soliste en trois mouvements. Elles marquent aussi une avancée significative dans le domaine de la musique descriptive. Adepte du style fantasioso, Vivaldi en explore ici toutes les facettes pour évoquer les transformations progressives de la nature. Si le tutti traduit le caractère général de l’œuvre tout en assurant la stabilité orchestrale, c’est au violon, instrument aux qualités expressives et virtuoses exceptionnelles, qu’est confié le rôle de soliste chargé d’évoquer les différents épisodes narratifs.4

  Incursion espagnole, place à la danse

 

Enrique Granados

 Andaluza, accordéon solo

« … Andaluza, une pièce écrite à l’origine pour piano, mais que les guitaristes se sont appropriée. L’arrangement que j’en ai fait pour accordéon cherche à traduire son caractère profondément espagnol et poétique. »

Cinquième pièce du recueil de douze Danzas españolas destiné au piano et vraisemblablement composé avant 1900, Andaluza, est l’une des pièces les plus jouées. Ce recueil témoigne aussi de la richesse et du pittoresque du patrimoine musical d’une Espagne qui se redécouvre au contact d’une littérature aux rythmes rigoureux et aux couleurs chatoyantes. Encore marquée par le romantisme finissant, la musique de Granados recèle de bien belles tournures hispanisantes parfaitement ciselées et développées avec élégance et sincérité. Son expression, très personnelle, conserve une certaine forme de raffinement sans épanchement excessif, « un mélange d’amertume et de grâce »  qui rend si attachant son univers poétique. 5

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1 « Opale Concerto pour accordéon soliste et orchestre à cordes est une œuvre que j’ai composée et orchestrée entre mai et juin 1994. […] l’inspiration m’est venue directement de l’influence de mes racines méditerranéennes en ce qui concerne le 1er mouvement : Allegro Furioso. Pour le 2ème mouvement : Moderati malinconico et Nobile e espressivo j’ai composé 2 thèmes très nostalgiques qui évoquent des images du Vieux Paris, l’accordéon des rues, le Limonaire. Enfin dans le 3ème mouvement Allegro energico j’ai développé une cellule mélodique de 4 mesures sur un tempo ostinato qui évoque un lointain tango. »

2  Les concertos pour violon -BWV 1041,1042 et 1043- composés à cette époque  demeurent des partitions originales. Conçus dans la même veine créative ils présentent toutefois quelques particularités propres à chacun. Joseph Spiess et Martin Friedrich Marcus, membres de l’orchestre de Frédéric Ier roi de Prusse, étaient entrés au service du prince Léopold à Köthen. Il est probable que Bach composa ses trois concertos pour violon(s) à leur attention.

3 Soliste de la Chapelle de la cour de Vienne, Anton Stadler possédait une clarinette de basset et était reconnu comme « un homme de grand talent ». À l’origine, une première ébauche du concerto est écrite pour cor de basset. Proche du cor de basset, la clarinette de basset ou bass Klarinett, offre une tessiture assez large entre l’aigu et le grave. Du chalumeau au clairon chaque registre de l’instrument possède son caractère propre.

4 Ce type de « musique à programme » s’appuie sur une citation littéraire qui sollicite à la fois capacité imaginative et science de l’imitation. À chaque saison correspond ici un sonnet attribué à Vivaldi où sont précisés certains détails explicitant ses intentions.

5 Compositeur et pianiste d’origine catalane Granados a séjourné à Paris de 1887 à 1889. Paris est alors l’un des pôles d’attraction les plus favorables aux musiciens et artistes étrangers.

 Dans les textes, les citations concernant certaines œuvres sont de Richard Galliano.