Pascal Moraguès, Claire Désert et Gary Hoffman en Trio – Mercredi 1er février 2017

Mercredi 1er février 2017 à 20h 30

Musée des Augustins – Salon rouge

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« Beethoven à l’aube des romantiques »

Après de brillantes études musicales, Pascal Moraguès, Claire Désert et Gary Hoffman sont reconnus aujourd’hui dans leur propre domaine comme des musiciens d’exception habitués à se produire aussi bien au sein d’un grand orchestre qu’avec des formations plus réduites. Solistes et récitalistes talentueux, chambristes passionnés, ils demeurent des partenaires appréciés de nombreux ensembles avec lesquels ils aiment à partager des expériences enrichissantes et se confronter à des univers différents.

Réunis ici en trio, ils apportent à leur manière un souffle nouveau à un répertoire qui sollicite une écoute attentive de l’un vers l’autre, chaque instrument ayant une forte « individualité » sonore. Marier les timbres, rechercher des sonorités pleines et colorées, travailler la conduite des lignes mélodiques et rythmiques pour assurer la cohésion des styles, sont quelques-uns des points forts de ce trio.

Avec intelligence, inspiration et sensibilité leurs qualités musicales personnelles se fondent alors dans une belle homogénéité pour trouver la justesse de ton et d’expression.

Dès le milieu du XVIIIe siècle la formation en trio ou en duo connaît un bel essor et jusqu’au XXe siècle plusieurs compositeurs lui consacrent de fort belles pages. Outre les cordes, les vents, le piano ou encore la harpe, vont à leur tour intégrer ce dispositif élargissant ainsi le champ sonore par de multiples combinaisons de timbres.

 

Ludwig van Beethoven, Trio pour clarinette, violoncelle & piano op. 11

Allegro con brio ~ Adagio con espressione ~ Tema (con variationi) Allegretto

 

En 1792 Beethoven s’installe à Vienne. Pianiste virtuose et grand improvisateur,  avide de reconnaissance et soucieux d’établir sa réputation, il cherche aussi à s’imposer comme compositeur dans cette capitale musicale honorée par un grand nombre de musiciens talentueux venus de toute l’Europe.

Composé fin1797 le trio en sib majeur est dédié à la comtesse Maria Wilhelmine  von Thun, protectrice de Beethoven. Si l’œuvre reste encore proche du modèle classique elle recèle déjà quelques tournures très beethovéniennes. Par ailleurs, le choix d’écrire un trio pour clarinette, violoncelle et piano * et celui d’introduire un thème populaire dans le dernier mouvement rendent cette œuvre, surnommée « Gassenhauer trio » * *, quelque peu atypique.

 

La vitalité de l’Allegro de forme sonate à deux thèmes nettement caractérisés repose en grande partie sur la mise en valeur des trois instruments tour à tour solistes ou partenaires. Entre eux s’instaurent alors entrelacements et dialogues autour des différents motifs qui circulent au sein d’un discours sonore parfaitement équilibré et d’une grande stabilité. Le thème très chantant exposé au violoncelle introduit l’Adagio de caractère plus lyrique. La clarinette reprend ce thème amorçant un dialogue avec le piano, puis le violoncelle, avant que les trois instruments n’unissent leurs voix dans un échange d’une rare qualité expressive. Le 3ème mouvement, Allegretto, déroule une succession de 9 variations sur l’air « Pria ch’io l’impegno » * *. Jouant sur les couleurs, les textures, les modes et les rythmes, Beethoven démontre son habileté à manier à travers diverses combinaisons sonores la technique de la variation.

 

* La clarinette est encore à cette époque un instrument en voie de perfectionnement.

 

* * Devenue rengaine chantée ou sifflée dans la rue, cet air est extrait de l’opéra comique de Joseph Weigl, « L’amor marinaro » représenté à Vienne en octobre 1797.

 

Johannes Brahms, Sonate pour violoncelle & piano op. 99

Allegro vivace ~ Adagio affetuoso ~ Allegro passionato ~ Allegro molto

 

Marcheur infatigable, Brahms apprécie la solitude et le contact avec la nature. C’est en Suisse, durant l’été 1886, lors d’un séjour heureux au bord du lac de Thoune, qu’il compose la 2ème sonate pour piano et violoncelle en fa majeur *. Brahms est au piano lors de sa création à Vienne. L’œuvre, qualifiée à tort de « tohu-bohu » par Hugo Wolf, surprend par son écriture ample, son foisonnement d’idées secondaires, ses modulations osées, ses contrastes dynamiques et mélodiques, qui mettent en valeur les qualités expressives et virtuoses des deux instruments dans leur duel concertant.

 

A la belle énergie du 1er mouvement Allegro, de forme sonate à trois thèmes, succède un 2ème mouvement Adagio  de forme ternaire plus poétique. Tension, détente, gravité, apaisement, s’y expriment avec force. L’aspect mélodique prédomine, irisé par des changements de couleur éloquents. Suit un bouillonnant scherzo Allegro qui laisse s’épanouir dans sa partie centrale une mélodie d’une grande douceur. Avec simplicité l’Allegro final, apparenté à un rondo, exploite avec bonhomie la veine populaire pour conclure cette sonate dans un climat de sérénité retrouvé.

 

* L’œuvre est contemporaine de la sonate pour violon et piano op.100 et du trio avec piano et cordes op.101.

 

Robert Schumann : Fantasiestücke pour clarinette & piano op. 73

Zart und mit Ausdruck ~ Lebhaft, leicht ~ Rasch und mit Feuer

 

Ces 3 pièces brèves de forme tripartite intitulées à l’origine « Nachtstücke » datent de 1849 *. Elles reflètent en partie la dualité permanente qui habite Schumann, manifeste à travers les deux figures qui le caractérisent, le rêveur Eusebius et l’impulsif Florestan. Intitulées « Fantasien » ces pièces montrent également l’attrait de ce compositeur à l’imagination féconde pour les univers oniriques et fantastiques. Pas de précision de tempo ici mais des indications, en allemand, qui suggèrent une volonté de créer un climat particulier.

 

Typiquement schumanienne, l’œuvre donne l’impression d’une longue mélodie au flot ininterrompu qui se déploie tout au long des 3 pièces à la manière d’une conversation soutenue. La 1ère, « tendre et expressive », teintée d’une mélancolie presque intimiste, évolue peu à peu vers la douceur. De diffuse, la clarté se répand progressivement dans la 2ème pièceplusanimée, « vivante et légère », pour se projeter vers une sorte d’exubérance sonore dans la 3ème pièce, « rapide et avec feu ». Le dialogue permanent entre piano et violoncelle, enrichi par l’interpénétration des motifs, le jeu des modulations, les contrastes d’humeur, prend tout son sens au service d’une musique qui se suffit à elle-même.

 

* Schumann précise que la partie de clarinette peut également être jouée au violoncelle.

 

Carl Frühling : Trio pour clarinette, violoncelle & piano op. 40

Mässig schnell ~ Anmutig bewegt ~ Andante ~ Allegro vivace

 

Compositeur, pianiste et accompagnateur autrichien, encore peu et mal connu, Carl Frühling a étudié et enseigné à la « Gesellschaft der Musikfreunde » de Vienne. Hormis quelques pièces pour piano, musique de chambre ou orchestre une partie de son œuvre reste encore à découvrir. Globalement, Frühling s’inscrit dans un courant post-romantique, qui, s’il n’innove pas réellement peut révéler quelques singularités sur le plan stylistique.

 

Les 4 mouvements qui composent ce trio écrit vers 1900 ( ?) forment un tout harmonieux loué par plusieurs instrumentistes *. Par analogie et par sa fraîcheur, il a pu être qualifié d’ « œuvre printanière ». Le 1er mouvement non dépourvu d’un certain entrain surprend par son charme délicat qui semble couler de source. Le « Mouvement gracieux » qui suit développe sur un rythme de valse modéré et élégant une écriture plus subtile. Dans l’Andante, d’une douce mélancolie très expressive, les timbres instrumentaux à découvert campent une atmosphère particulière qui contraste avec l’Allegro final au caractère enjoué qui rappelle la suavité paisible du 1er mouvement.

 

* « Au début, j’étais un peu méfiant, mais je me suis régalé immédiatement, nous avons commencé à le jouer, tout en aimant sa chaleur sans prétention, l’humour, et le charme doux de l’ensemble du style… » – Steven Isserlis, violoncelliste.

Au programme
Ludwig van Beethoven – Johannes Brahms
Robert Schumann – Carl Frühling

Interprètes;
Pascal Moraguès, clarinette
Gary Hoffman, violoncelle
Claire Désert, piano