Saison 2015-2016 – Nathalie Stutzmann & Orfeo 55

Mercredi 6 Avril à 20H30
Eglise Saint-Jérôme
Nathalie Stutzmann & Orfeo 55

Étonnante personnalité, toujours « prête à toutes les métamorphoses pourvu qu’elles servent l’essentiel », Nathalie Stutzmann se distingue à la fois par un parcours personnel peu commun et une carrière de soliste qu’elle mène de front avec ses activités de chef d’orchestre. Sa voix rare et exceptionnelle de contralto l’autorise même à accéder aux grandes œuvres postromantiques qu’elle interprète aux côtés des formations symphoniques les meilleures. Avec son orchestre de chambre « Orfeo 55 » créé en 2009 c’est la musique baroque qui est à l’honneur mais pas seulement. Par la pratique d’instruments baroques et modernes, l’ensemble s’ouvre à de nouveaux horizons. L’important est de toujours privilégier rigueur et liberté pour mettre en relief une palette de couleurs vocales et instrumentales particulièrement expressives.

« Arie Antiche »

 … pour une « approche à la fois libre et rigoureuse » qui puisse « revenir à l’esprit originel de ces pièces et leurs orchestrations baroques. »

 En revisitant un passé glorieux, le programme nous donne à entendre plusieurs extraits d’opéras, d’oratorios ou de cantates composés à l’époque baroque « en leur redonnant leur parure instrumentale d’origine. »

Quelques pièces instrumentales viennent compléter ce tour d’horizon, recouvrant un vaste et riche répertoire qui nous éclaire en partie sur le rôle capital que joua l’Italie dans le développement des formes vocales et instrumentales durant la période baroque.

Entre 1885 et 1890 le compositeur Alessandro Parisotti* entreprend de réunir en trois volumes plusieurs chansons ou airs composés par quelques-uns des plus grands compositeurs italiens des XVIIe et XVIIIe siècles. Edités à Milan entre 1885 et 1888 ces « Arie Antiche : ad una voce per canto e pianoforte » furent par la suite regroupés en deux volumes intitulés « 24 Italian Songs and Arias ». Quelques conseils d’interprétation portant entre autre sur la précision et le sens du texte, le caractère, l’usage de l’ornementation, le choix des tempi et des coloris, accompagnent cette compilation.

 

« Aucun des pouvoirs inhabituels sont nécessaires pour chanter ces chansons anciennes, mais ils exigent une observation exacte des notes et des directions ; un minimum de bon goût, et un véritable amour de l’étude, feront le reste. » Rome, Novembre 1885.

 

L’un des intérêts majeurs d’un tel travail semble être son orientation didactique qui donne aussi la possibilité d’accéder à un répertoire un peu oublié. Celui-ci trouve d’ailleurs un écho favorable auprès du public amoureux du « bel canto ». Cependant, sous le prétexte de rendre plus accessible ce catalogue d’airs et de chansons anciennes, Parisotti prit certaines libertés d’arrangement ou d’adaptation, quitte à modifier sensiblement le style de certaines pièces, s’attirant par là de nombreuses critiques**. Ce choix original peut paraître arbitraire, mais, plébiscité semble-t-il par de nombreux musiciens, il se révèlera judicieux. Artistes lyriques et professeurs trouvent là un important répertoire qui permet de développer la pédagogie du chant tout en magnifiant l’art de bien chanter.

L’opéra qui apparaît en Italie dans le premier quart du XVIIe siècle va se développer rapidement dans tout le pays, chaque région apportant ses particularités bien spécifiques qui affectent à la fois le choix des sujets, la qualité des livrets, l’importance donnée aux airs, récitatifs, chœurs et parties instrumentales ainsi que la machinerie. Ces caractéristiques se retrouvent également dans les œuvres d’inspiration religieuse comme l’oratorio ou la cantate dont le développement s’opère parallèlement. Des Médicis aux Gonzague, des Este aux Farnèse, les cours princières dont le rôle de mécènes n’est pas négligeable accompagnèrent l’avènement et l’évolution de la réforme mélodramatique avant que de grandes villes ne prennent la relève***. Au cours du XVIIIe siècle, l’opéra s’expatrie dans toute l’Europe où il connait un immense succès. Certains compositeurs comme J. A. Hasse et G. F. Haendel firent le voyage d’Italie et furent particulièrement influencés par l’opéra italien. Pour des raisons à la fois musicales, sociales ou politiques, chaque pays l’adaptera alors selon ses propres coutumes.

C’est à Florence, au sein de la « Camerata dei Bardi », qu’apparaissent les signes précurseurs du « stile rappresentativo ». Caccini fut l’un des principaux artisans de cette réforme. Après Florence, Rome, – où séjourne Stradella -, et Venise, – où s’illustrent Legrenzi et Vivaldi -, connaissent à leur tour leur heure de gloire avant que ne triomphe l’Ecole napolitaine. Si A. Scarlatti s’impose comme l’un des pionniers, Durante, Leo, Porpora, Paisiello entre autres contribuent également à son rayonnement.

Certains compositeurs sont pratiquement demeurés toute leur vie en Italie, se produisant en divers endroits. D’autres ont sillonné l’Europe, attirés par les hauts lieux de la musique que furent Vienne, Dresde, Londres et Paris à cette époque. Ce fut le cas notamment pour Caldara, Stradella, G. Bononcini, Porpora et plus tardivement Paisiello.

* Alessandro Parisotti (1853-1913), davantage reconnu comme éditeur et arrangeur, privilégia la version voix avec accompagnement de piano. Certaines de ses propres œuvres ou arrangements ont été inclus dans les recueils qu’il édita.

 

** Au XIXe, l’usage des arrangements, adaptations ou transpositions était très répandu. Le piano, instrument susceptible de pouvoir rendre lisible une réduction d’orchestre, une partition de musique de chambre ou un extrait d’opéra, favorisa cette manière de faire. Toute une littérature fut ainsi mise à disposition des interprètes et des amateurs de musique, ce qui permit de faire connaître quelques grandes œuvres du passé.

 

*** 1. Fidèles au courant humaniste de la Renaissance, poètes et musiciens, philosophes et théoriciens, se retrouvent à la « Camerata » fondée par le comte Giovanni dei Bardi vers 1573. De leur collaboration émerge la monodie accompagnée qui ouvre l’ère du « stile moderno », premiers pas vers l’éclosion de l’opéra.

 

2. A Rome, l’opéra séduit dans un premier temps, mais la suprématie de la musique religieuse s’impose par la suite.

 

3. En 1637 s’ouvre à Venise le premier théâtre public qui favorise les représentations à grand spectacle et la recherche d’effets scéniques.

 

4. La renommée de Naples, qui compta jusqu’à quatre conservatoires et plusieurs théâtres au XVIIIe siècle, repose en grande partie sur la recherche d’un style brillant. La virtuosité vocale, très répandue, place le chanteur au premier plan et signe par là « l’âge d’or » des castrats.

Programme

 

Leonardo Leo (1694 – 1744)

 

Allegro en sol mineur – Tutti instrumental

Ext. de l’oratorio « Sant’Elena al Calvario », 1734

 

Antonio Caldara (1670 – 1736)

« Sebben, crudele »

Ext. de l’opéra « La Costanza in amor vince l’inganno », 1710

 

Alessandro Scarlatti (1660 – 1725)

 

« O cessate di piagarmi »

Ext. de l’opéra « Il Pompeo », 1683

 

Giovanni Bononcini (1670 – 1747)

 

« Per la gloria d’adorarvi »

Ext. de l’opéra « Griselda », 1722

 

Giovanni Legrenzi (1626 – 1690)

« Che fiero costume »

Ext. de l’opéra « Eteocle e Polinice », 1675

 

Biaggio Marini (1594 – 1663)

 

Passacailio à 4 en sol mineur – Tutti instrumental

Ext. de « Sonata da chiesa e da camera », opus 22

 

Giulio Caccini (1551 – 1618)

 

« Amarilli mia bella »

Madrigal, extrait du recueil « Le nuove Musiche », 1601

 

Andréa Falconieri (1585 – 1656)

 

Pièce (?) en sol mineur – Tutti instrumental

Ext. de « Canzone, sinfonie e fantasie »

 

Francesco Durante (1610 – 1680)

 

Solfeggio Bataille / « Danza Fanciulla »

Solfeggio en la mineur – Tutti instrumental

[« A l'origine écrit comme un Solfeggio pour être chanté comme une vocalise »]

Ext. de « Solfeggi »

« Danza, danza, fanciulla gentile »

Chanson, (?)

[A. Parisotti en a réalisé par la suite une version plus « romantique » pour voix et piano]

Giovanni Paisiello (1740 – 1816)

 

« Nel cor piu non mi sento »

Ext. de l’opéra « La Molinara » ou [« L'amor contrastato »], 1788

 

Antonio Vivaldi (1678 – 1741)

 

« Cor mio che prigion sei »

Ext. de l’opéra « Semiramide », 1731

 

Nicola Porpora (1686 – 1768)

 

Sinfonia n°2 en do majeur pour deux dessus et basse continue

Ext. de « Sei sinfonie da camera a tre », opus 2

 

Antonio Vivaldi (1678 – 1741)

 

« Con la face di Megera »

Ext. de l’opéra « L’Atenaide », 1728

 

Entr’acte

 

Francesco Durante (1610 – 1680)

 

« Vergin, tutto amor »

« Prière » à la Vierge Marie, (?)

 

Nicola Porpora (1686 – 1768)

 

Largo en mineur – Tutti instrumental

Ext. du « Concerto per violoncello » en Sol Majeur

 

Antonio Caldara (1670 – 1736)

« Spera consolati »

Ext. de l’oratorio « Maddalena ai piedi di Cristo », 1700

 

Nicola Porpora (1686 – 1768)

 

Sonata a 3 en sol mineur pour deux dessus et basse continue

Alesandro Stradella (1639 – 1682)

 

« Queste Lagrime »

Ext. De l’oratorio « San Giovanni Battista », 1675

 

Jean-Henri d’Anglebert (1629 – 1691)

 

Prélude en sol mineur pour clavecin

Ext. de la Suite en sol mineur

 

Antonio Vivaldi (1678 – 1741)

 

« Cessate omai cessate »

Cantate profane, après 1720

Interprètes

Orfeo 55

 

Nathalie Stutzmann

Contralto & Direction

Anne Camillo, Lucien Pagnon

Violons

 

Marco Massera

Alto

Patrick Langot

Violoncelle

Pasquale Massaro

 Contrebasse

 

Camille Delaforge

 Clavecin & Orgue positif

 

Michele Pasotti,

Théorbe